Amazon défend 186 milliards d’euros de capex IA en 2026. Le vrai pari n’est pas seulement la capacité, mais le déplacement de la marge vers ses propres puces et ses contrats cloud.
Amazon engage environ 186 milliards d’euros de capex en 2026, soit 200 Md$, et Andy Jassy assume une ligne très agressive. La thèse est simple: ce plan n’est pas une fuite en avant, c’est une tentative de verrouiller à la fois la capacité cloud et la marge silicium avant que la demande d’IA d’entreprise n’arrive à pleine échelle. Le signal le plus concret est déjà là, avec un revenu annualisé de 14 milliards d’euros (15 Md$) pour l’IA dans AWS, mais il manque encore le chiffre décisif, celui de la rentabilité par puce et par workload.
Amazon met environ 186 milliards d’euros (200 Md$) de dépenses d’investissement sur la table en 2026. Vu de loin, on peut y voir un concours de taille entre hyperscalers. Vu de près, le pari est plus précis: Andy Jassy essaie de faire d’AWS le fournisseur qui capte à la fois la demande de calcul IA et une part plus large de la marge technique derrière ce calcul.
Le pari n’est pas seulement la taille, mais la place dans la chaîne de valeur
Début avril 2026, dans sa lettre aux actionnaires relayée par les 200 Md$ de capex défendus par Andy Jassy, le patron d’Amazon explique qu’il ne jouera pas l’IA de façon prudente. La plus grande partie de cet argent va aux datacenters, aux puces et au réseau. Ce trio compte plus que le slogan, parce que c’est là que se décide la capture de valeur.
Le mécanisme rappelle le lancement de AWS entre 2006 et 2010. À l’époque aussi, Amazon investissait avant que le marché ne voie clairement les flux futurs. La différence, cette fois, c’est l’échelle du ticket et la vitesse à laquelle la capacité se remplit.
AWS montre enfin un chiffre que le marché peut travailler
Le fait neuf, côté revenus, est le plus utile de tout le dossier. Selon CNBC, l’IA dans AWS atteint un revenu annualisé, c’est-à-dire extrapolé sur douze mois, d’environ 14 milliards d’euros (15 Md$). On n’a pas la ventilation entre entraînement, l’étape où le modèle apprend, et inférence, le moment où il répond en production. Mais on a enfin un ordre de grandeur.
Fin avril 2026, GeekWire ajoutait qu’AWS devait publier autour de 34 milliards d’euros (36,8 Md$) de chiffre d’affaires trimestriel, en hausse d’environ 26% sur un an, avec un carnet de commandes de 226 milliards d’euros (244 Md$). La même source note aussi que la croissance d’AWS s’est accélérée sur trois trimestres de suite, de 17% à 20%, puis 24%.
C’est déjà sérieux.
Mais ce revenu ne dit pas encore si AWS vend surtout de la capacité rare à quelques clients prêts à payer n’importe quel prix, ou s’il construit une base durable de workloads d’entreprise. Jassy décrit le marché comme une barre d’haltère: d’un côté les labos IA, de l’autre l’automatisation de tâches simples. Le cœur du marché, celui des charges de production en entreprise, reste encore en cours de formation.
Trainium est un sujet de marge avant d’être un sujet de prestige
Le point intéressant chez Amazon, ce n’est pas seulement qu’il achète beaucoup de puces. C’est qu’il veut en imposer certaines. Selon GeekWire, l’activité de puces sur mesure d’Amazon a doublé en quelques mois, et l’analyse reprise par IndexBox affirme que la demande pour la famille Trainium progresse à trois chiffres, avec une capacité d’entraînement presque entièrement vendue.
Le précédent Graviton de 2018 chez Amazon éclaire bien l’enjeu. Quand Amazon a lancé cette puce serveur généraliste, l’objectif n’était pas d’exister face à Intel pour le prestige, mais de reprendre de la marge et de l’optimisation sur des workloads devenus standardisés. Si Trainium suit une trajectoire comparable sur une partie de l’IA, AWS améliore son coût unitaire sans attendre une baisse de prix des GPU externes.
Sauf que le chiffre décisif manque toujours. Il faudrait connaître, pour une charge réelle, le coût par token ou le coût par heure d’entraînement sur Trainium face aux GPU concurrents, avec la consommation électrique et l’utilisation effective des clusters. Sans ça, l’histoire de marge reste plausible, pas démontrée.
Le risque, c’est la concentration de la demande
GeekWire cite de très gros accords avec Meta, OpenAI et Anthropic. C’est bon pour remplir les machines. C’est moins rassurant si ces contrats concentrent trop du volume initial.
Le sujet devient plus net quand on regarde ailleurs. Le titre de The Information affirme qu’Anthropic s’engage sur 186 milliards d’euros de dépenses auprès de Google Cloud et de ses puces. Même sans le détail complet de l’article, le signal est clair: les grands laboratoires arbitrent entre clouds et entre silicons, et rien ne garantit qu’Amazon captera mécaniquement leur croissance.
Autrement dit, le marché du cloud IA n’est pas seulement une course à l’offre. C’est aussi une bataille de comptes stratégiques, où un seul contrat peut déplacer des milliards d’euros de demande future.
Ce que Wall Street peut accepter, et ce qu’elle refuse encore
La tension financière est bien documentée. Selon CNBC, l’action Amazon a souffert cette année à mesure que le marché s’impatientait sur le retour des investissements, même si elle a repris 5,6% le jour de la lettre de Jassy. GeekWire ajoute que le plan de 186 milliards d’euros de capex a comprimé le free cash flow, la trésorerie disponible après investissements, et pesé sur le titre au trimestre précédent.
Wall Street peut vivre avec cette pression si deux choses montent ensemble: la croissance d’AWS et la visibilité sur la dépréciation, c’est-à-dire la charge comptable liée aux infrastructures déjà construites. Toujours selon GeekWire, le consensus visait environ 164 milliards d’euros (177 Md$) de chiffre d’affaires trimestriel pour Amazon et 1,65$ de bénéfice par action, soit environ 1,53 euro, avec une progression bien plus lente du résultat que des ventes à cause des coûts d’infrastructure.
Et il y a un détail que le marché écoute quand même. En parallèle de l’IA, la publicité d’Amazon a atteint 20 milliards d’euros (21,3 Md$) au quatrième trimestre, selon GeekWire, ce qui lui donne un deuxième moteur de profit pendant que l’IA absorbe du capital.
Le dossier devient donc assez simple à lire. Amazon ne demande pas au marché de croire à une promesse abstraite. Il lui demande d’accepter un creux de trésorerie immédiat contre une position plus forte sur le cloud, le silicium et les contrats d’entreprise. La partie la plus convaincante, pour l’instant, tient en un chiffre déjà public: 14 milliards d’euros de revenu annualisé IA dans AWS.