Anduril lève 4,6 milliards d’euros pour acheter du rythme industriel

Pile de pieces en forme d usine
Image d'illustration. Anduril mise sur la cadence industrielle. — ADN

Anduril lève 4,6 milliards d’euros et grimpe à 56 milliards de valorisation. Le pari vise la cadence de production autant que l’autonomie logicielle.

Anduril Industries ne lève pas seulement environ 4,6 milliards d’euros (5 Md$). La société achète du temps industriel pour transformer des contrats, déjà nombreux, en capacité de production à haut débit, avec une valorisation d’environ 56 milliards d’euros (61 Md$) qui repose autant sur des usines que sur le logiciel. En 2025, selon Brian Schimpf, son chiffre d’affaires a plus que doublé à environ 2 milliards d’euros (2,2 Md$). Le point clé est là : dans la défense autonome, la vraie barrière n’est plus la démo, c’est la cadence.

Début mai 2026, Anduril Industries s’est offert quelque chose de plus utile qu’un gros titre, environ 4,6 milliards d’euros (5 Md$) pour accélérer sa capacité de production. À environ 56 milliards d’euros (61 Md$), la valorisation raconte une conviction simple : dans la défense autonome, le goulot n’est plus seulement l’algorithme, c’est l’usine.

Une valorisation qui paie surtout de la capacité

La levée annoncée par Anduril, menée par Thrive Capital et Andreessen Horowitz, arrive après un exercice 2025 où le chiffre d’affaires a dépassé 2 milliards d’euros (2,2 Md$), selon Brian Schimpf. La même source précise aussi que l’effectif a presque doublé sur l’année. Pour une société de défense de neuf ans, c’est rapide. Pour une valorisation de 61 Md$, c’est encore très tendu.

Le multiple implicite tourne autour de 28 fois les revenus 2025. C’est élevé, même pour un acteur qui combine logiciel, drones, systèmes anti-aériens et commandement autonome. Le marché paie donc une promesse supplémentaire, la transformation de revenus déjà visibles en débit industriel durable, comme le détaille la valorisation doublée depuis juin 2025.

Un point gêne quand même. Tectonic Defense et TechCrunch écrivent qu’Anduril a levé plus de 11 Md$ au total, soit environ 10,1 Md€, alors que le résumé New York Times repris par Techmeme parle de 6,82 Md$, soit environ 6,3 Md€. Vu l’historique des tours déjà connus, le second chiffre ressemble à une incohérence de reprise plus qu’à une réalité comptable.

Le vrai actif, ce sont les usines et la chaîne fournisseurs

Le discours de Schimpf sur l’autonomie et l’IA est cohérent avec l’époque. Mais l’affectation du cash est plus parlante.

Selon Tectonic Defense, la plus grande part du tour doit financer l’extension industrielle, les machines, les infrastructures et les recrutements. Anduril veut aussi engager des fournisseurs en avance, ce qui compte énormément quand on passe d’une production à bas volume à une production à haut débit. C’est moins séduisant qu’une vidéo de démonstration, et beaucoup plus décisif.

On retrouve là l’investissement d’environ 920 millions d’euros (1 Md$) dans Arsenal-1, un site de plus de 5 millions de pieds carrés dans l’Ohio. Tectonic Defense ajoute qu’un campus de plus de 1 million de pieds carrés est prévu à Long Beach, pour environ 6 000 salariés, et que la société compte déjà autour de 20 installations de production. L’entreprise emploierait environ 8 500 personnes et prévoit des milliers d’embauches supplémentaires, surtout des ingénieurs.

Autre chiffre utile, toujours selon le porte-parole cité par Tectonic Defense, 50 à 60% du revenu part en R&D, la recherche et développement. C’est massif. Cela dit une chose très concrète : le modèle économique n’est pas encore celui d’un industriel mûr qui imprime des marges, mais celui d’un groupe qui réinvestit agressivement pour acheter sa place dans la prochaine décennie.

Les contrats montrent une traction, pas encore une rente

Les prises de commandes ne manquent pas. D’après Tectonic Defense, Anduril aligne un accord d’entreprise avec l’US Army pouvant aller jusqu’à environ 18 milliards d’euros (20 Md$) sur dix ans, un contrat IDIQ, c’est-à-dire à quantité indéfinie et livraison indéfinie, pour l’Air Force jusqu’à environ 874 M€ (950 M$), plus des programmes à 146 M€ (159 M$) et 92 M€ (99,6 M$) pour le commandement tactique.

La même dynamique se voit dans l’extension de Lattice, la plateforme de commandement et contrôle alimentée par IA, aux missiles, aux drones, à la défense aérienne intégrée et aux aéronefs autonomes. VentureBurn ajoute que le Roadrunner, intercepteur à décollage vertical, aurait déjà accumulé plus de 322 M€ (350 M$) de commandes.

Mais l’État américain n’est pas en train de remettre toutes les clés à un seul acteur. TechCrunch note que le logiciel de Shield AI a été retenu pour fonctionner avec le chasseur autonome Fury d’Anduril. Autrement dit, la modularité monte dans les achats publics. Pour Anduril, c’est un signal mitigé : très bon pour rester dans les programmes, moins bon pour capturer seul toute la pile.

La barrière n’est plus la démo, c’est le débit

Le parallèle utile n’est pas avec la mode IA de l’année. Il est plus ancien.

En 2013, le robot Atlas de Boston Dynamics, financé par la DARPA, montrait déjà qu’un système robotique avancé pouvait fasciner le secteur de la défense. Le problème n’était pas la démonstration technique, mais le passage à un produit déployable, maintenable et achetable à l’échelle. Anduril essaie justement de monétiser cette marche-là, en liant capteurs, logiciel et production. C’est plus solide qu’une simple démo, clairement.

Schimpf insiste sur une base industrielle américaine trop lente, encore pensée pour de faibles volumes et des cycles d’acquisition hérités de la guerre froide. L’argument tient assez bien sur le fond factuel, parce que toute sa thèse d’entreprise, de Lattice à Arsenal-1, vise la mise à jour continue par software et la fabrication en série. Résultat, la valeur d’Anduril dépend moins de savoir si l’autonomie fonctionne que de savoir si elle peut sortir vite, souvent et en nombre.

L’IPO attendra tant que le compte de résultat ne suit pas

La société répète que l’introduction en Bourse reste l’objectif, mais qu’elle n’est pas imminente. Selon Tectonic Defense, certaines lignes d’activité sont profitables, pas l’ensemble du groupe. Et comme ce tour était sursouscrit, l’arbitrage est simple, rester privé tant que le capital-risque finance l’expansion à de meilleures conditions que le marché coté.

TechCrunch replace aussi le tour dans un cycle plus large, avec Shield AI à environ 11,7 Md€ (12,7 Md$), Hermeus au-delà de 920 M€ (1 Md$) et Helsing en discussion autour de 16,6 Md€ (18 Md$). La défense autonome attire désormais les plus gros pools de capital. En 2017, quand Anduril se lançait, cette catégorie n’occupait pas cette place.

Le point dur reste comptable. Si 2026 est vraiment l’année de la production, comme l’explique le porte-parole cité par Tectonic Defense, alors le test ne portera pas sur une nouvelle narration géopolitique mais sur des sorties d’usine, des délais tenus et une rentabilité consolidée encore absente.