DeepSeek développe une puce maison dédiée à l’inférence pour réduire sa dépendance à Nvidia et Huawei. Un virage hardware poussé par Washington.
DeepSeek développe en interne une puce IA dédiée à l’inférence pour réduire sa dépendance à Nvidia et Huawei. Le projet, encore à un stade précoce, marque un vrai déplacement stratégique pour une entreprise surtout connue pour ses modèles. En toile de fond, les restrictions américaines sur les semi-conducteurs poussent les groupes chinois à internaliser davantage la pile technique.
DeepSeek s’est fait connaître par ses modèles. Voilà que l’entreprise s’attaque au silicium. Le déplacement est net, et il dit quelque chose de l’époque, construire un bon modèle ne suffit plus si l’accès au calcul reste fragile.
D’après les informations rapportées par Reuters, la société chinoise développe sa propre puce IA pour l’inférence, afin de moins dépendre des composants de Nvidia et de Huawei. Le marché a réagi tout de suite, l’action Nvidia a cédé environ 2% en préouverture.
Le passage du labo au silicium
Le plus frappant n’est pas seulement la puce. C’est le fait que DeepSeek, jusqu’ici centrée sur les modèles, bascule vers un chantier hardware. Le projet serait en phase initiale, mais il ne sort pas de nulle part, l’entreprise le préparerait depuis près d’un an.
Elle aurait renforcé discrètement ses recrutements d’ingénieurs en conception de puces et ouvert des discussions avec des fournisseurs mémoire, des sociétés de design et des fondeurs. DeepSeek n’a pas publié de déclaration officielle sur le sujet, ce qui colle assez bien à son style public, plutôt discret malgré la visibilité prise depuis R1 début 2025.
Pourquoi l’inférence, et pas l’entraînement
Le choix technique est assez logique. La puce visée n’est pas pensée pour l’entraînement, mais pour l’inférence, autrement dit le moment où un modèle déjà entraîné produit une réponse.
Ces puces coûtent en général moins cher et consomment moins d’énergie que les accélérateurs destinés au training. Avec la montée des usages IA, c’est un segment de plus en plus important. Blockonomi rappelle aussi que OpenAI a récemment lancé Jalapeno, sa première puce maison d’inférence avec Broadcom, pendant que Anthropic étudie aussi ce terrain, signe que l’enjeu dépasse largement DeepSeek.
Le poids des restrictions américaines
Le moteur du projet est assez clair. Les règles américaines empêchent les groupes chinois d’acheter les puces les plus avancées de Nvidia. DeepSeek s’est donc davantage appuyée sur la gamme Ascend de Huawei.
En avril, l’entreprise a présenté son modèle V4 optimisé pour la plateforme Ascend, ce qui a fait grimper la demande pour les processeurs Ascend 950. Mais ce contournement a ses limites. Les restrictions américaines compliquent aussi l’accès aux fonderies les plus avancées et à la mémoire à haute bande passante, un composant clé pour l’inférence.
Un marché chinois déjà encombré
DeepSeek n’arrive pas sur un terrain vide. Huawei, Alibaba et Baidu travaillent eux aussi sur leurs propres puces, dans un marché chinois estimé à environ 43 milliards d’euros (50 milliards de dollars), où Huawei détiendrait déjà près de la moitié selon les sources reprises par la presse pakistanaise citant Reuters.
Ce virage arrive au moment où DeepSeek chercherait aussi son premier tour externe, autour de 6 milliards d’euros (7 milliards de dollars), sur une valorisation comprise entre 45 et 51 milliards d’euros (52 à 59 milliards de dollars). Quand une société de modèles commence à regarder les puces, ce n’est jamais juste un sujet produit. C’est une question de capex, de chaîne d’approvisionnement et de marge future.