La Corée du Sud porte son budget 2027 à 515 milliards d’euros pour l’IA

Carte de Corée enfermant une puce
Image d'illustration. Séoul gonfle son pari public sur l’IA. — ADN

Séoul prévoit un budget record pour 2027 et aligne dépenses publiques, puces, modèles souverains et GPU. Le virage dépasse le simple soutien à l’IA.

La Corée du Sud ne se contente plus de financer l’IA à la marge. Avec un budget 2027 porté à 821.000 milliards de wons, soit environ 515 milliards d’euros (596,92 Md$), Séoul combine soutien aux semi-conducteurs, projets de modèles domestiques et montée en puissance du compute local. Le signal est net, l’IA devient une politique industrielle complète.

La Corée du Sud passe un cap. Pas seulement avec un budget record, mais avec une idée plus ambitieuse, lier finances publiques, semi-conducteurs, modèles souverains et capacité de calcul dans une même stratégie d’Etat.

Le montant annoncé, 821.000 milliards de wons pour 2027, soit environ 515 milliards d’euros (596,92 Md$), compte évidemment. Ce qui frappe davantage, c’est la cohérence du mouvement. Séoul ne parle plus seulement d’adoption de l’IA, elle organise les briques industrielles qui vont avec.

Un budget record, mais surtout un changement de doctrine

D’après la proposition budgétaire présentée mardi, la dépense publique grimperait de 12,8% sur un an, la plus forte hausse jamais enregistrée. Sous Lee Jae-myung, arrivé au pouvoir en juin 2025, le pays tourne la page de trois années d’austérité.

Le gouvernement table sur 584.400 milliards de wons de recettes fiscales en 2027, soit +40,7%, avec un impôt sur les sociétés qui dépasserait 216.700 milliards. Cette manne doit aussi faire reculer le ratio dette/PIB à 48,3%, contre 51,6% estimés en 2026. Même avec une baisse des émissions nettes, le marché obligataire a tiqué, le rendement du 10 ans montant à 4,378% après l’annonce.

Les puces paient une partie de l’addition

Le carburant de ce virage, ce sont Samsung Electronics et SK Hynix. Les deux groupes profitent à plein de la demande mondiale en puces HBM, devenues centrales dans le boom de l’IA.

Séoul veut réinjecter une partie de cet excédent dans un Future Response Fund de long terme. En 2027, 45.400 milliards de wons iraient vers la jeunesse, la formation spécialisée et les moteurs de croissance. Le budget prévoit aussi 21.300 milliards pour l’eau industrielle, les réseaux électriques et la logistique autour des usines de puces, plus 2.600 milliards dans une enveloppe dédiée aux semi-conducteurs, selon les détails rapportés depuis Séoul.

Séoul veut aussi son IA souveraine, jusque dans la cybersécurité

En parallèle, le pays pousse ses propres modèles. Le projet Dokpamo, destiné à créer un foundation model indépendant, a déjà réduit la compétition à trois équipes, LG AI Research, SK Telecom et Upstage, pour n’en garder que deux l’an prochain.

Et un second front s’ouvre dans la sécurité. Selon le Korea Herald, le futur modèle coréen spécialisé cybersécurité recevra 256 B200, soit 32 nœuds, pendant dix mois, avec une revue intermédiaire au bout de cinq mois. Des consortiums autour de Naver Cloud, SK Telecom, LG CNS ou la startup Bidraft sont attendus. Le projet public Modu’s AI, lui, doit distribuer 512 B200 supplémentaires pour un chatbot gratuit et un agent public destinés à tous les citoyens d’ici la fin de l’année.

Le vrai pari se joue sur l’infrastructure et le niveau des modèles

Le mot-clé, c’est souveraineté. Le basculement stratégique vers des frontier models a été relevé par UPI, et il cadre avec un plan beaucoup plus large décrit par SemiAnalysis, environ 793 milliards d’euros (919 Md$) d’investissements d’infrastructure IA, pour 8,4 GW en 2029 puis 18,4 GW en 2035.

Le détail n’est pas anodin. Le tournoi national de modèles a montré que des acteurs locaux pouvaient monter vite, au point que la startup Motif a surpris sur les benchmarks avant d’être éliminée. Dans le même temps, Nvidia renforce ses liens avec Samsung et SK Hynix. Autrement dit, la Corée ne finance pas seulement de l’inférence ou quelques pilotes, elle essaie de verrouiller la chaîne entière, du HBM au modèle.

Benjamin Romei

Spécialiste IA

Veille quotidienne sur l'intelligence artificielle et la robotique humanoïde pour Vekira.

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