NEURA Robotics et SECO vont concevoir et produire en Europe les modules de calcul des robots cognitifs de NEURA. Un pas industriel, avec une vraie question d’échelle.
NEURA Robotics et SECO ont annoncé un partenariat pour concevoir et fabriquer en Europe les modules de calcul des robots cognitifs de NEURA, dont l’humanoïde 4NE1. Les cartes embarqueront des processeurs Qualcomm Dragonwing et s’insèrent dans une architecture distribuée, pensée pour l’inférence au plus près des capteurs et des articulations. L’enjeu dépasse le hardware, avec une collecte de données industrielles et un NEURA Gym prévu en Italie.
NEURA a déjà 34 000 précommandes et un pipeline annoncé d’environ 2,2 milliards d’euros (2,4 billion$). C’est beaucoup. Et c’est précisément pour ça que son accord avec SECO compte davantage qu’un simple communiqué de plus sur la Physical AI.
Publié le 7 septembre, le partenariat confie à l’industriel italien la conception, l’ingénierie et la fabrication des modules de calcul destinés aux robots cognitifs de NEURA, y compris l’humanoïde 4NE1. Vu de près, on a une pile assez nette, le robot et l’architecture viennent d’Allemagne, la carte est industrialisée en Italie, et la puce reste américaine.
Un chaînon industriel de plus dans la pile européenne
L’annonce conjointe, relayée par Unite.
AI et The Next Web, insiste sur une production développée et réalisée en Europe. C’est exact, mais il faut être précis. SECO fabrique et qualifie le module à volume, tandis que les processeurs Dragonwing viennent de Qualcomm Technologies.
Autrement dit, l’Europe tient ici l’intégration industrielle, pas toute la chaîne de calcul. Ce n’est pas rien, parce que la qualification, l’embarqué et la montée en cadence sont des couches moins visibles, mais très dures à exécuter.
Le robot distribue l’intelligence jusque dans les membres
Chez NEURA, le calcul n’est pas seulement dans un torse central. Son architecture Brain + Nervous System répartit capteurs et compute dans la machine, via le concept Smart Limbs. En gros, l’inférence remonte au plus près des articulations, des points de contact et des capteurs, là où se jouent les décisions temps réel.
C’est ce qui doit permettre de combiner faible latence, efficacité énergétique et sécurité au contact. Le 4NE1, l’un des robots concernés, est donné pour 1,80 mètre, 80 kilos, 5 km/h, avec une charge utile allant de 10 à 100 kilos, un sensing corps entier, des avant-bras interchangeables et des versions sur roues pour les sols industriels.
Derrière l’annonce, une équation de capacité
Le contraste saute aux yeux. NEURA, fondée en 2019 à Metzingen, a levé jusqu’à environ 1,3 milliard d’euros (1.4bn$) en juin pour une valorisation proche de 6 milliards d’euros (7bn$), et dit viser des millions de robots d’ici 2030. En face, SECO, coté à Milan sous le ticker IOT, reste un industriel de taille bien plus modeste.
Ses revenus du premier semestre atteignent 98,8 millions d’euros, contre 98,4 millions un an plus tôt. L’edge computing pèse 91,4 millions d’euros, en hausse de 6%. Clea apporte 7,4 millions d’euros, dont 4,8 millions de récurrent, en hausse de 12%. La gross margin monte à 54%, contre 53,4%, malgré la hausse des prix mémoire, et le troisième trimestre est guidé autour de 60 millions d’euros, ce qui serait un record, comme l’a rapporté FirstOnline.
Au-delà du module, le vrai pari porte sur les données d’usine
L’accord ne s’arrête pas au hardware. Les deux groupes veulent aussi exploiter les données de production collectées quand les robots de NEURA seront déployés dans l’industrie pour développer des solutions d’automatisation destinées aux semi-conducteurs et à l’électronique. Dit autrement, apprendre sur ligne réelle, puis répliquer ces capacités à plus grande échelle.
Un NEURA Gym doit aussi voir le jour en Italie, premier hub d’entraînement du groupe en Europe du Sud. Ces sites servent à faire pratiquer aux robots des tâches réelles dans des environnements réels, avec une variabilité que la simulation seule ne reproduit pas, selon Robotics et Automation News. Cette étape prolonge l’accord signé en mars entre NEURA et Qualcomm sur les architectures de référence Brain + Nervous System et un runtime standardisé pour déployer des charges d’IA sur plusieurs plateformes robotiques.