Nvidia rachèterait Hugging Face pour environ 11 milliards d’euros

Logo Nvidia refermant le visage Hugging Face
Image d'illustration. Nvidia viserait Hugging Face pour 11 Md€. — ADN

Le rachat de Hugging Face par Nvidia, encore non officialisé, valoriserait la plateforme autour de 11 milliards d’euros. Un pari surtout stratégique.

Nvidia aurait accepté de racheter Hugging Face pour environ 11 milliards d’euros (12,9 Md$), selon plusieurs médias, sans confirmation officielle des deux groupes. Le montant représente autour de 80 fois un revenu annualisé de plus de 150 millions de dollars. Derrière ce prix élevé, l’enjeu est moins financier que stratégique: contrôler un point d’entrée majeur de l’IA ouverte, alors que les grands labos fermés développent leurs propres puces.

Environ 11 milliards d’euros pour une société à un peu plus de 150 millions de dollars de revenu annualisé. Dit comme ça, le ratio paraît franchement tendu. Mais si Nvidia va bien au bout, ce n’est pas un achat de chiffre d’affaires, c’est un achat de position dans la chaîne de valeur de l’IA.

Selon un rapport repris en Allemagne, et confirmé par plusieurs médias anglo-saxons, Nvidia se serait accordé avec Hugging Face. Sauf qu’à ce stade, rien n’est signé publiquement, et des discussions peuvent encore échouer.

Un prix qui dépasse largement les revenus

Le montant évoqué, environ 11 milliards d’euros (12,9 Md$), valorise Hugging Face à un niveau très au-dessus de sa dernière référence connue. En 2023, la société avait levé 235 millions de dollars sur une base de 4,5 milliards de dollars, avec notamment Nvidia, Salesforce, Google, Amazon, Intel, AMD, Qualcomm et IBM au tour.

Le contraste est net. Fin 2025, Nvidia avait déjà proposé 500 millions de dollars à une valorisation de 7 milliards, offre refusée parce que Hugging Face ne voulait pas d’un investisseur trop dominant. Entre-temps, la base clients aurait doublé en 2026, et le revenu annualisé serait passé d’environ 100 à plus de 150 millions de dollars en deux mois, avec une rentabilité proche selon Clément Delangue.

Pourquoi Nvidia veut la place de marché des modèles ouverts

Hugging Face, c’est la bibliothèque partagée du secteur, une sorte de GitHub de l’IA pour publier, tester, affiner et distribuer modèles et jeux de données. La plateforme gagne de l’argent via des abonnements, mais aussi via du calcul, du stockage et des services d’exploitation.

Pour Nvidia, l’intérêt saute aux yeux. Si OpenAI, Anthropic, Google ou Amazon réduisent leur dépendance en fabriquant leurs propres puces, alors renforcer l’écosystème open source devient une police d’assurance. Les modèles ouverts offrent une alternative aux labos fermés, et cette alternative tourne massivement sur GPU Nvidia.

Le contexte open source a changé de vitesse

Le moment n’est pas anodin. La poussée des modèles ouverts chinois, chez Z.ai, Moonshot ou DeepSeek, revient dans toutes les sources. Même des entreprises américaines commencent à les utiliser davantage, ce qui redonne du poids à l’argument selon lequel l’open n’est plus un segment périphérique.

Delangue s’est d’ailleurs affiché ces derniers mois aux côtés de la ligne défendue par Nvidia. Sur CBS puis sur CNBC, il a plaidé pour les modèles ouverts et rappelé une lettre signée par Jensen Huang et 24 entreprises. Il a aussi dit que la Chine dominait clairement l’open-source AI. Ce climat aide à comprendre pourquoi le dossier est suivi de près par les marchés.

Cloud, capacité inutilisée et incident de sécurité

Il y a aussi un sujet plus terre à terre, le cloud. Nvidia aurait réduit son activité DGX Cloud il y a environ un an. Racheter Hugging Face, qui aide déjà des clients à faire tourner des modèles sur de la capacité louée, offrirait un retour plus rapide sur ce terrain.

Et puis il y a l’incident récent de sécurité. Hugging Face a subi une attaque, que Delangue a attribuée à des erreurs d’ingénierie. Il a expliqué avoir utilisé une version modifiée par Nvidia d’un modèle ouvert chinois pour y répondre. Celui qui rachète la plateforme récupère donc à la fois un hub développeur mondial, des flux d’inférence, et un front de cybersécurité qui ne va pas se calmer.

Benjamin Romei

Spécialiste IA

Veille quotidienne sur l'intelligence artificielle et la robotique humanoïde pour Vekira.

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