Agility Robotics dévoile Digit 5, un humanoïde pensé pour travailler près des humains. Sécurité, charge utile, recharge et déploiement changent d’échelle.
Agility Robotics lance Digit 5, une nouvelle version de son humanoïde industriel conçue pour travailler à proximité des humains sans barrières physiques. Le point clé est là. Le robot gagne aussi de nouvelles jambes, une batterie rechargeant 90 minutes d’autonomie en neuf minutes, et une charge utile portée à 22,7 kg. Reste un contraste net, plus de 276 millions d’euros de commandes annoncées, pour seulement 1,7 million d’euros de ventes nettes en 2025.
Jusqu’ici, beaucoup d’humanoïdes industriels vivaient derrière des séparations. Pratique pour une vidéo de démo, beaucoup moins pour une usine réelle. Agility Robotics veut casser ce plafond avec Digit 5, présenté comme son premier modèle conçu pour un travail « coopérativement sûr » à grande échelle.The Robot Report et Business Insider racontent la même chose sous deux angles, le hardware change, mais le pari produit porte d’abord sur la sécurité certifiable.
Le timing compte aussi. Agility prépare son entrée en Bourse via une fusion SPAC avec Churchill Capital Corp. XI, sur une valorisation d’environ 2,3 milliards d’euros (2,5 Md$). Et la société avance déjà plus de 276 millions d’euros (300 M$) de commandes pluriannuelles.
Le vrai pari, sortir l’humanoïde de sa cage
La promesse est simple à énoncer et compliquée à tenir, Digit 5 doit pouvoir travailler près des personnes, sans zones grillagées fixes. Pour y arriver, Agility combine des algorithmes d’IA propriétaires, plusieurs capteurs, une détection humaine à 360 degrés, des signaux visuels et sonores, puis un contrôleur de sécurité indépendant qui peut imposer le bon comportement.
Si quelqu’un s’approche, le robot ralentit, s’arrête, ou se met au sol et coupe ses moteurs avant contact. Jonathan Hurst résume bien l’enjeu dans le communiqué d’Agility, « il n’est pas possible de prendre un robot existant, de lui ajouter un chapeau de sécurité, puis de le faire fonctionner en sécurité ». NVIDIA apparaît aussi dans l’équation, avec Halos for Robotics et IGX Thor.
Un robot redessiné par l’usine, pas par la vitrine
Le détail qui saute aux yeux, ce sont les jambes. Les genoux inversés, très Digit, disparaissent au profit d’une géométrie plus proche d’un humain. Ce n’est pas du mimétisme pour le mimétisme. Selon Hurst, l’ancienne configuration favorisait la marche et la course, la nouvelle sert surtout à lever lourd et à enchaîner les squats.
Concrètement, le robot peut soulever jusqu’à 22,7 kg, soit 40 % de plus qu’avant, grâce à des actionneurs cycloïdaux propriétaires. Il mesure 1,81 m, pèse 129 kg et peut atteindre 2,2 m, contre 1,68 m de portée auparavant. Les genoux sont rembourrés pour permettre l’agenouillement, un élément central de la stratégie sécurité.
L’autonomie et la manipulation visent le flux complet
L’autre saut est moins visible et probablement plus important en exploitation. La nouvelle batterie donne 90 minutes d’autonomie, puis se recharge en neuf minutes via un chargeur autonome plus rapide. On passe ainsi d’un ratio fonctionnement/recharge de 2:1 sur Digit 4 à 10:1 sur Digit 5, ce qui ouvre la porte à plus de 20 heures de travail productif sur 24.
Côté manipulation, Agility reste pragmatique. Le robot utilise aujourd’hui une pince à deux doigts, avec outils interchangeables via des brides ISO standard. L’objectif n’est plus seulement la manutention de bacs, mais un workflow complet, dépalettisation à l’arrivée, alimentation de machines, kitting, inspection qualité, puis palettisation au départ. La flotte reste pilotée par Agility Arc, avec des KPI d’uptime, de throughput et de Mean Time Between Incidents. Heise relève aussi l’ouverture au marché européen.
Des commandes déjà là, une économie encore à prouver
C’est là que le dossier devient intéressant pour de vrai. Agility revendique près de trois ans de déploiements commerciaux continus, plus de 65 000 heures d’opération et neuf sites clients en Amérique du Nord, avec Amazon, GXO, Toyota Motor Manufacturing Canada ou Schaeffler. Chez GXO, Digit 4 a franchi 100 000 bacs manipulés avec environ 98 % de précision en tâche.
Mais les chiffres financiers restent maigres. Dépôts SEC à l’appui, la société a réalisé 1,7 million d’euros (1,8 M$) de ventes nettes en 2025 et une perte opérationnelle d’environ 129 millions d’euros (140 M$). Un modèle présenté aux investisseurs évoque environ 184 000 euros (200 000$) par robot, 18 000 euros (20 000$) de frais de déploiement et 33 000 euros (36 000$) par an pour logiciel et maintenance, soit près de 368 000 euros (400 000$) sur cinq ans. Disponible d’abord en accès anticipé au premier semestre 2027, puis plus largement fin 2027, aussi dans l’Union européenne et au Royaume-Uni avec marquage CE.