Anthropic a installé un wet lab dans la baie de San Francisco pour sa poussée en sciences du vivant. Derrière l’annonce discrète, un pari plus large se dessine.
Anthropic a discrètement ouvert un wet lab dans la baie de San Francisco, signe que sa stratégie en biologie sort du simple « in silico ». Le groupe veut mêler expériences physiques, partenaires externes et automatisation partielle via Claude. L’enjeu est clair, produire des données réelles, viser des programmes précliniques peu rentables pour la pharma classique, tout en gardant pour l’instant ses distances avec les essais cliniques.
Pendant un temps, l’idée dominante était simple, de bons modèles, assez de données, et la biologie suivrait. Ce n’est plus vraiment le cas. Dans la découverte de médicaments, le goulot d’étranglement s’est déplacé vers la validation expérimentale.
C’est ce qui rend le mouvement d’Anthropic assez logique. La société a confirmé, via son responsable des sciences du vivant Eric Kauderer-Abrams dans un échange rapporté par Reuters, l’ouverture discrète d’un wet lab dans la baie de San Francisco.
Le vrai verrou n’est plus le modèle, c’est la paillasse
Le laboratoire sert à mener des expériences de biologie physique, pas seulement à faire tourner des hypothèses sur ordinateur. Kauderer-Abrams insiste sur ce point avec une formule assez nette, « Nous pensons que, pour faire de la biologie, le test final reste, et restera encore un moment, le vrai travail en laboratoire ».
Une partie du travail est faite en interne, une autre avec des partenaires externes. Et Anthropic précise que ce site n’a pas été monté spécifiquement pour la découverte de médicaments, même si la médecine et la recherche biologique font bien partie des zones visées.
Une pile life sciences qui se construit vite
Le wet lab n’arrive pas seul. Ces derniers mois, Anthropic a lancé Claude Science, fait entrer Vas Narasimhan, patron de Novartis, à son conseil, et racheté Coefficient Bio pour environ 360 millions d’euros (400 M$), comme le détaille Blockonomi.
Le groupe dit vouloir pousser du préclinique sur des maladies que les grands laboratoires jugent peu attractives économiquement. Ce cap est aussi personnel pour Dario Amodei, qui a raconté que son père était mort quelques années avant qu’un traitement efficace n’apparaisse pour sa maladie. Les recrutements en cours vont dans le même sens, protéines, acides nucléiques, achats et logistique. Et côté clients, Anthropic fournit déjà des outils IA à Genentech, Bristol Myers Squibb et Novo Nordisk.
Claude vise aussi les robots et les instruments
L’autre pièce du dossier, c’est l’automatisation. Anthropic veut que Claude puisse piloter des systèmes robotiques de laboratoire avec un minimum d’intervention humaine. On en est encore tôt, l’entreprise le dit elle-même, mais la direction est claire.
Dans cette logique, le Business Today rappelle l’intérêt d’une boucle serrée entre prédiction du modèle, expérimentation à la paillasse et retour de données. Le Model Hardware Standard, présenté en août, doit justement faciliter l’interaction entre les systèmes d’IA et les équipements scientifiques.
Croissance, prudence, et lignes rouges
Le contraste est quand même frappant. Anthropic pousse fort en sciences du vivant, certains analystes évoquent une IPO pouvant grimper vers environ 1 800 milliards d’euros (2 000 Md$), et dans le même temps Amodei appelle à ralentir les modèles de frontière dans son texte relayé ici. L’entreprise a aussi alerté sur des usages potentiels liés aux armes biologiques, malgré des doutes exprimés à l’extérieur sur certaines de ces affirmations.
Ses lignes rouges, pour l’instant, sont assez nettes, pas de commercialisation directe de médicaments, pas d’exécution d’essais cliniques à ce stade, et toujours une supervision humaine dans le labo. Pendant ce temps, Isomorphic Labs, chez Alphabet, vise désormais fin 2026 pour ses essais cliniques.