Anthropic veut coter son action avant Thanksgiving. Entre valorisation revue à la baisse, trésorerie géante et engagements massifs, le dossier concentre les doutes du marché IA.
Anthropic veut fixer le prix de son IPO avant Thanksgiving, avec une cotation possible mi-novembre si le calendrier tient. Le groupe arrive en Bourse avec environ 121 milliards d’euros de cash et 11 milliards d’euros de placements court terme, mais aussi des engagements futurs colossaux en infrastructure. C’est tout le paradoxe du dossier : une croissance encore hors norme, et un marché qui tolère moins facilement les multiples extravagants.
Anthropic n’arrive pas en Bourse comme une société en quête d’oxygène. Elle y arrive comme un laboratoire déjà gavé de capital, et c’est précisément ce qui complique la lecture.
Selon son dépôt S-1 repéré par CNBC, l’éditeur de Claude affichait au 30 juin environ 103 milliards d’euros de cash (112,4 Md$) et 18 milliards d’euros de placements court terme (19,3 Md$). Jamais ou presque une introduction en Bourse n’a démarré avec une telle réserve. Mais ce matelas ne raconte qu’une moitié de l’histoire.
Une fenêtre de tir très courte
Le groupe veut boucler son introduction avant Thanksgiving, donc avant la petite trêve informelle qui fige souvent les opérations de marché. Le calendrier évoqué par The Motley Fool pointe vers la mi-novembre, avec un éventuel décalage sur début décembre si la fenêtre se referme trop vite.
Le S-1 a été déposé le 26 octobre. Les paramètres clés, nombre de titres et fourchette de prix, restent absents pour l’instant.
La croissance reste énorme, le marché devient plus exigeant
Sur le papier, les chiffres sont massifs. Anthropic a généré environ 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre (16,3 Md$), contre 1 milliard d’euros un an plus tôt (1,1 Md$). Au troisième trimestre, le revenu aurait atteint environ 15 milliards d’euros (16,8 Md$), en hausse de 45% à 50% sur un trimestre selon les versions rapportées.
Mais le marché ne regarde plus seulement la vitesse. Il regarde le rythme qui ralentit. Entre le premier et le deuxième trimestre, la croissance séquentielle avait été bien plus forte, autour de 140%. D’où une valorisation désormais attendue plutôt autour de 1 380 milliards d’euros (1,5 trillion$), voire 1 104 milliards d’euros (1,2 trillion$), loin des 1 840 milliards d’euros (2 trillion$) un temps évoqués. SpaceX, introduite à 1,77 trillion$, garderait alors son record.
Beaucoup de cash, encore plus d’engagements
Le contraste est là. Le premier semestre affiche aussi une perte d’environ 74 milliards d’euros (80,7 Md$). Et surtout, les dépenses reconnues ne couvrent pas encore l’ensemble des obligations à venir.
Anthropic a comptabilisé environ 8 milliards d’euros de coûts de compute et d’infrastructure (8,95 Md$), tout en expliquant acheter de la capacité 12 à 18 mois à l’avance. En face, on trouve environ 296 milliards d’euros de leases futurs (321,4 Md$), 244 milliards d’euros d’engagements fixes ou minimums (265,6 Md$), puis encore 225 milliards d’euros d’obligations ajoutées après le 30 juin (245 Md$). Bon, la trésorerie impressionne, mais le capex implicite aussi.
Ce que l’IPO change pour les acheteurs
Autre sujet, plus inhabituel, le fonds d’intérêt public dévoilé par Anthropic. Il recevrait 5% du capital, soit environ 44 milliards d’euros à la valorisation privée de 965 Md$ citée par l’entreprise. La mécanique peut encore grossir, sans que la ligne de base, la source des actions ni le mode de monétisation ne soient précisés.
Et il y a déjà des porteurs indirects. Des fonds grand public repérés par 247WallSt, comme Growth Fund of America, Fundamental Investors ou Fidelity Select Technology, détenaient des titres privés d’Anthropic avant l’IPO. De quoi rappeler une chose simple, les actions n’ont pas encore de prix de marché, mais une partie du marché les a déjà dans ses portefeuilles.