En Chine, Unitree et AgiBot passent enfin au marché humanoïde

Humanoïde entre Bourse et logos chinois
Image d'illustration. Le secteur humanoïde change d’échelle. — ADN

Unitree obtient un feu vert boursier, AgiBot vise Hong Kong et accélère sa production. Le secteur chinois change d’échelle, pas sans angles morts.

Le secteur chinois des robots humanoïdes vient de franchir un cap plus sérieux que ses vidéos virales. Unitree a obtenu l’aval du comité de cotation du Shanghai Stock Exchange, pendant que AgiBot revendique 10 000 unités produites et prépare, selon SCMP, une IPO à Hong Kong. L’enjeu, désormais, c’est la vraie industrie, avec ses marges, ses cadences et ses risques juridiques.

Ce qui change ici, ce n’est pas la qualité des saltos. C’est la nature des preuves avancées par le secteur chinois des robots humanoïdes.

On parle maintenant de cadence de sortie d’usine, de gross margin, de pipeline boursier. Et, en creux, de quelque chose de plus inconfortable, la dépendance à des plateformes qui gagnent en maturité industrielle alors que leurs angles morts, eux, ne bougent pas.

Le signal le plus net, ce sont les marchés

Le 1er juin, Unitree a passé l’examen du comité de cotation du STAR Market de Shanghai, une étape décisive vers une introduction en Bourse, détaillée par TechTimes. L’entreprise vise une valorisation d’environ 5,4 milliards d’euros (6,2 Md$) et une levée de 4,2 milliards de yuans pour financer modèles d’IA incarnée, nouvelles gammes et base de production.

Ses chiffres sont solides pour une société robotique. Le chiffre d’affaires est passé de 159 millions de yuans en 2023 à 393 millions en 2024, puis 1,699 milliard en 2025, avec une marge brute de 60,13% sur ses activités principales. Les humanoïdes, lancés seulement en 2023, pèsent déjà plus de la moitié des revenus. Petit rappel utile quand même, le bénéfice net du premier trimestre 2026 a reculé d’environ 47,7% sur un an, sous l’effet des dépenses de R&D et de capacité.

En face, AgiBot pousse aussi vers les marchés. Selon le South China Morning Post, la société de Shanghai prépare une IPO à Hong Kong avec Citic Securities, CICC et Morgan Stanley comme sponsors, pour une valorisation évoquée entre 4,3 et 5,4 milliards d’euros (5,10 à 5,10? non, la source donne 5,10 Md$ à 6,37 Md$ environ via HK$40-50 Md).

Chez AgiBot, la cadence raconte plus que le chiffre rond

Le cap des 10 000 unités compte, mais la pente compte davantage. AgiBot, fondée en 2023, a mis près de deux ans à atteindre ses 1 000 premiers robots. Passer de 5 000 à 10 000 n’a pris que trois mois, avec l’Expedition A3 en tête.

La société dit standardiser sa supply chain d’IA incarnée. Ses déploiements couvrent l’industrie, l’hôtellerie, le retail et la logistique, avec des installations en Europe, en Amérique du Nord, au Japon, en Corée du Sud, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient. Omdia la place numéro un mondial en volume d’expédition sur 2025. Avec Unitree, elle capterait près de 80% des livraisons chinoises en 2026, tandis que TrendForce anticipe une hausse de 94% de la production du pays.

NVIDIA valide une base matérielle, pas tout le reste

Le même jour que le feu vert boursier, NVIDIA a choisi le corps Unitree H2 Plus comme base matérielle de son GR00T Reference Humanoid Robot. Ce n’est pas anecdotique. Le cadre matériel, les mains tactiles Sharpa Wave et le calcul embarqué Jetson Thor forment un point d’entrée crédible pour des labos comme ETH Zurich, Stanford ou UC San Diego.

Mais la validation d’un écosystème n’efface pas les limites produit. Autonomie de deux à trois heures, documentation surtout pensée pour des utilisateurs sinophones, et seulement 23% d’acheteurs industriels satisfaits dans une enquête Morgan Stanley. On reste, en gros, entre le pilote contrôlé et l’outil vraiment banal en atelier.

Le risque juridique ne disparaît pas avec une bonne démo

Les deux groupes sont soumis à l’article 7 de la loi chinoise de 2017 sur le renseignement, qui oblige entreprises et citoyens à coopérer avec le travail de renseignement. Pour un robot qui collecte des données dans une usine, un labo ou un entrepôt, ce n’est pas un détail de bas de page.

Le dossier Unitree est déjà chargé à Washington, entre une lettre parlementaire sur ses liens présumés avec des entités liées à l’APL, l’allégation d’un tunnel d’accès distant baptisé CloudSail, et la faille Bluetooth UniPwn révélée en 2025, dont les correctifs arrivaient encore début 2026. Des projets de loi américains visent déjà à bloquer l’achat ou l’usage fédéral de robots produits par des groupes liés à des adversaires étrangers, et les noms de Unitree comme d’AgiBot figurent dans les déclarations des promoteurs.

Benjamin Romei

Spécialiste Robotique

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