À Pékin, un robot de Galbot a joué contre Zheng Jie lors des World Humanoid Robot Games. La démo frappe, mais plusieurs points restent invérifiés.
Le robot de Galbot a affronté l’ancienne numéro 15 mondiale Zheng Jie aux World Humanoid Robot Games de Pékin, avec des échanges annoncés au-delà de 100 frappes autonomes. La démonstration est solide visuellement, entre services à plus de 100 km/h, déplacements latéraux et relevé après une chute. Mais les chiffres clés, eux, viennent de l’entreprise elle-même et n’ont pas été audités publiquement.
Le plus intéressant, dans cette séquence, n’est pas le côté spectacle. C’est le type de problème posé au robot. Un 100 m va très vite, oui, mais un échange de tennis oblige à suivre une balle rapide, prédire sa trajectoire, choisir une réponse et coordonner tout le corps en une fraction de seconde. Pour juger de l’intelligence physique, le test est bien plus parlant.
Et c’est aussi pour ça que cette démo mérite d’être regardée de près, sans avaler tout le récit marketing avec.
Le tennis, test autrement plus sérieux qu’un sprint
Aux World Humanoid Robot Games de Pékin, ouverts dans le National Speed Skating Oval des JO d’hiver 2022, le tennis a servi de vitrine technique. Le robot devait repérer la balle, anticiper le point de chute, se placer, puis synchroniser torse, bras et jambes pour renvoyer. Sur ce terrain-là, on est déjà plus près d’un problème industriel réel que d’une performance en ligne droite, comme le notait The Next Web.
Sur le court, une démo qui a quand même de la tenue
La soirée a commencé par un double mixte avec le robot Xingzai, visiblement à l’aise dans une formation avant-arrière avec son partenaire humain. Puis est venu le simple contre Zheng Jie, demi-finaliste à Wimbledon en 2008 et retraitée depuis dix ans.
Le robot de Galbot a échangé en coup droit comme en revers, servi à plus de 100 km/h selon les médias d’État chinois, fléchi les genoux, lancé la balle et tourné le corps seul. Sur une balle haute et bombée, il a perdu l’équilibre, est tombé sur le dos, puis s’est relevé en quelques secondes. Il a aussi semblé lire le slice et le spin, avec une fente latérale qui a fait réagir le public. Les descriptions convergent entre Global Times et le SCMP.
Le point faible du récit, c’est la vérification
Le problème est simple. Le cap des 100 échanges consécutifs, l’absence de téléopération et le caractère non scripté viennent d’abord du communiqué de Galbot, relayé par PR Newswire et des diffuseurs publics chinois. Pas d’audit indépendant, pas de détail public sur les interventions, pas de taux de réussite.
Autre flou, l’identité exacte du robot. Le modèle n’est pas clairement nommé, alors que la machine commerciale connue de Galbot, le G1, est un manipulateur mobile à roues. Pas vraiment le genre d’engin qui tombe à la renverse sur un court avant de se remettre debout.
Derrière la vitrine sportive, le vrai sujet reste industriel
Galbot vend aujourd’hui des robots bien moins glamour, déployés en entrepôts, en pharmacies hospitalières et dans plus de 30 villes chinoises via Galbot Store. L’entreprise a levé environ 686 millions d’euros (800 M$) pour une valorisation de environ 2,572 milliards d’euros (3 Md$), avec des partenaires de déploiement comme Bosch, CATL, Toyota et Hyundai.
Le décor compte aussi. Ces Jeux alignent 51 épreuves, 1 301 matchs, 600 équipes et 2 056 robots humanoïdes. Dans le même week-end, un robot nommé Lightning a même été crédité d’un 100 m en 9,32 s, plus vite que le record d’Usain Bolt. Impressionnant à l’écran. La question plus dure, celle qu’on ne filme presque jamais, reste la même: combien de temps un robot tient-il sans assistance dans le monde réel ?