La Chine déplace ses data centers et vise 9 800 eflops en 2030

Carte chinoise, serveurs et puce 9 800 eflops
Image d'illustration. Pékin lie IA, énergie et implantation. — ADN

Plus de la moitié des nouveaux projets de data centers chinois partent vers le nord et le nord-ouest. Derrière ce basculement, une stratégie IA, énergétique et industrielle.

La Chine ne construit plus son infrastructure IA là où vivent ses utilisateurs, mais là où l’électricité, le foncier et le refroidissement coûtent moins cher. Ce déplacement vers le nord et le nord-ouest accompagne un objectif massif, 9 800 eflops de capacité de calcul intelligente d’ici 2030, contre 2 185 fin juin 2026. Ulanqab, en Mongolie intérieure, résume déjà ce virage avec 12,5 GW annoncés.

La Chine a fixé la barre très haut, 9 800 eflops de capacité de calcul intelligente en 2030. Vu de loin, cela ressemble à un objectif de plan quinquennal parmi d’autres. Vu de près, cela explique pourquoi la géographie des data centers chinois est en train de basculer.

Le point intéressant, c’est que ce basculement ne suit pas la logique habituelle des grands marchés occidentaux. Là où les opérateurs veulent se rapprocher des métropoles, Pékin pousse une partie du compute vers des zones éloignées, moins denses, moins chères et mieux alimentées.

Un objectif de compute qui change la carte

Dans le plan publié par le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information, l’objectif part d’une base de 1 590 eflops en 2025. Le niveau avait déjà atteint 2 185 eflops fin juin 2026, en hausse de 177% sur un an, puis environ 2 450 eflops fin juillet. Le cap s’accompagne d’environ 490 milliards d’euros (3,8 trillions de yuans) d’investissements cumulés dans les infrastructures d’information sur 2026-2030, selon le plan relayé par Unite.

AI.

Dans le même temps, la stratégie Eastern Data, Western Computing, lancée entre 2021 et 2022, redistribue déjà la capacité. Plus de la moitié du pipeline de nouveaux projets se situe désormais dans le nord et le nord-ouest, et ces régions doivent dépasser Pékin, Shanghai et les autres grands pôles urbains d’ici 2028.

Ulanqab, vitrine très concrète du basculement

À Ulanqab, en Mongolie intérieure, le mouvement prend une forme très matérielle. Depuis 2016, près de 100 installations de data centers y ont été achevées ou sont en construction, pour 12,5 GW de capacité promise. Environ 70% de ces annonces ont été faites sur la seule dernière année.

Les noms comptent. ByteDance ajoute à elle seule 5 à 6 GW dans la zone. DeepSeek vise environ 1 GW, avec un lancement partiel attendu fin 2027 ou début 2028. Envision Group prévoit avec Tencent un campus de 2 GW, baptisé Galaxy Campus, pouvant aller jusqu’à un million de GPU. Sur place, le reportage de CNBC TV18 décrit une ville-chantiers, avec des centaines d’ouvriers chaque jour autour des sites.

Pourquoi l’ouest chinois coûte moins cher

L’économie du modèle est assez simple. Dans l’ouest chinois, l’électricité coûte environ 50% de moins que dans l’est, avec des tarifs autour de 0,34 à 0,38 yuan par kWh. Les coûts de calcul y seraient même supérieurs à 60% de baisse. Et les sites affichent des PUE de 1,04 à 1,15, contre 1,32 à 1,38 à l’est.

Ce n’est pas seulement une question de prix. Climat plus froid, air plus sec, foncier abondant, proximité de grands parcs éoliens et solaires, tout pousse dans le même sens. Les nouvelles installations doivent d’ailleurs tirer plus de 80% de leur consommation annuelle des renouvelables dans certains hubs, tandis que le pays vise 80% d’alimentation renouvelable pour les data centers en 2030. BloombergNEF, cité par Crypto Briefing, estime que cette boucle peut encore accélérer le mouvement.

Le point faible reste le réseau, pas le béton

Évidemment, éloigner les serveurs des utilisateurs crée un arbitrage. Pour l’entraînement de modèles ou le stockage cloud, quelques millisecondes de plus pèsent peu. Pour la visioconférence, le trading en temps réel ou certaines fonctions de conduite autonome, c’est une autre histoire.

Le pays essaie de combler cet écart. Les huit hubs nationaux désignés par la stratégie regroupaient déjà 1,95 million de racks mi-2024, avec un taux d’utilisation de 63%. À l’échelle des installations nationales, l’utilisation atteignait 71,4% fin juin 2026. Plus de 70 corridors de calcul à haute capacité ont aussi été déployés entre les nœuds nationaux, avec une amélioration d’environ 10% des performances réseau. Le vrai chantier est là, relier proprement la côte est à des halls remplis d’accélérateurs, pas simplement couler du béton.

Benjamin Romei

Spécialiste IA

Veille quotidienne sur l'intelligence artificielle et la robotique humanoïde pour Vekira.

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