Amazon ajoute la langue naturelle à son robot d’entrepôt Proteus et vise l’Europe en 2027. Le gain promis est clair, la preuve en conditions réelles manque encore.
Amazon a présenté une nouvelle version de Proteus, son robot d’entrepôt autonome, capable de recevoir des consignes en langage naturel. Le système est encore testé en laboratoire, avec un déploiement européen prévu au premier semestre 2027. En parallèle, le groupe promet plus de 10 milliards d’euros d’investissement dans son réseau logistique européen et 25 000 embauches supplémentaires.
Sur une scène, l’idée est simple. Dans un entrepôt, elle l’est beaucoup moins. Amazon a montré un Proteus de nouvelle génération que les employés peuvent guider en parlant, sans passer par un logiciel dédié ni une interface technique. La promesse est nette, presque évidente, et elle dit quelque chose de l’état du secteur, l’enjeu n’est plus seulement de faire rouler un robot, mais de l’intégrer au flux humain sans friction. Le point à surveiller est ailleurs. Ce système est encore en pilote dans les labos d’Amazon, avec une arrivée en Europe annoncée pour le premier semestre 2027. Entre une démo et un site logistique saturé, il y a tout le reste.
Parler au robot, sans passer par l’interface
Jusqu’ici, les opérateurs devaient utiliser un logiciel spécialisé pour diriger Proteus. Désormais, selon Scott Dresser, vice-président d’Amazon Robotics, le principe est le suivant, « Vous lui dites ce qu’il faut faire, il détermine la priorité, l’itinéraire et le timing ». Dit autrement, la couche d’orchestration devient conversationnelle. Ce n’est pas un détail d’ergonomie. Si l’outil comprend une instruction formulée comme entre collègues, on réduit une partie du coût d’usage, donc une partie de la friction opérationnelle.
Un périmètre bien plus large que les quais
Le second changement touche le terrain couvert. Les versions actuelles, déployées sur 25 sites américains, travaillent surtout dans les zones de dock et déplacent des chariots pouvant approcher les 400 kg. Le nouveau système, présenté lors de l’événement Delivering the Future près de Londres, est censé intervenir partout où il faut déplacer des biens. Concrètement, il pourra prendre en charge des conteneurs dès leur arrivée, les acheminer entre postes de travail et assister les équipes dans les centres de fulfillment comme sur des sites de livraison. The Verge et The Next Web rapportent la même bascule, d’un robot de zone à un robot de flux.
Derrière Proteus, un plan robotique et industriel plus vaste
Amazon ne vend pas seulement un robot, mais une séquence industrielle. Le groupe annonce plus de 10 milliards d’euros pour moderniser et étendre ses activités de fulfillment en Europe. Dans le même mouvement, Vulcan, robot doté d’un sens du toucher, doit être étendu, tandis que STARK, système collaboratif de manutention de bacs d’abord testé à Barcelone, doit atteindre 15 sites européens d’ici 2027. À côté, Amazon pousse aussi la vitesse de livraison, avec plus de 25 nouveaux sites sub-same-day en Europe cette année, et un élargissement d’Amazon Now à Manchester et Birmingham. Le tout s’inscrit dans un capex beaucoup plus large, environ 185 milliards d’euros (200 Md$) prévus cette année, selon les prévisions citées par The Next Web.
Emploi, promesses et mémoire des projets ratés
Amazon répond d’avance à la critique classique. L’entreprise assure que la robotique crée aussi de nouveaux postes, en maintenance, fiabilité ou ingénierie, et promet 25 000 recrutements supplémentaires en Europe. Elle affirme également avoir embauché des centaines de milliers de salariés dans le monde depuis l’introduction de robots dans ses opérations. Mais l’historique compte. Heise rappelle que Blue Jay, robot multi-bras pour l’emballage rapide, a été retiré après moins de six mois, même si ses technologies doivent être réutilisées ailleurs. C’est ce genre d’écart que le déploiement de 2027 devra trancher, la tenue d’un robot bavard au milieu d’un vrai entrepôt.