Tesla et Intel sacrifient les marges pour miser sur l’IA physique

Logos Tesla et Intel fendus par un robot
Image d'illustration. Tesla et Intel misent sur l’IA physique. — ADN

Les deux groupes publient des revenus solides, mais la photo utile est ailleurs : capex, pertes et virage assumé vers l’IA physique et la robotique.

Tesla a signé un deuxième trimestre 2026 paradoxal, avec 28,24 milliards de dollars de revenus, soit environ 24 milliards d’euros, mais un free cash flow tombé à -1,092 milliard de dollars, environ -928 millions d’euros. La raison tient à un capex de 5,789 milliards de dollars, environ 4,921 milliards d’euros, dirigé vers le calcul IA, les puces, les robotaxis et Optimus. Au même moment, Intel assume lui aussi un virage vers l’IA physique malgré des pertes massives.

Ce qui frappe dans cette séquence de résultats, ce n’est pas seulement la volatilité des marges. C’est la façon dont Tesla et Intel décrivent leur futur, moins comme des vendeurs de voitures ou de PC que comme des industriels de l’IA physique.

Tesla a encore la croissance. Intel garde du volume. Mais les deux acceptent désormais une photo trimestrielle beaucoup moins flatteuse pour financer autre chose, du calcul, des puces, des stacks d’autonomie, et à terme des robots.

Le trimestre où Tesla a choisi de brûler du cash

Tesla a publié un revenu trimestriel record de 28,24 milliards de dollars, environ 24 milliards d’euros, en hausse de 26%, avec 480126 livraisons, un plus haut pour un deuxième trimestre. Pourtant, le bénéfice net attribuable aux actionnaires recule à 1,114 milliard de dollars, environ 947 millions d’euros, et le BPA ajusté tombe à 0,33 dollar, environ 0,28 euro, sous le consensus de 0,51 dollar, environ 0,43 euro. La marge brute passe de 17,2% à 16,8%, la marge opérationnelle de 4,1% à 1,4%.

Le marché a surtout vu le free cash flow négatif, à -1,092 milliard de dollars, environ -928 millions d’euros, une première depuis plus de deux ans. L’action a perdu plus de 3% après la publication, un mouvement aussi relevé par Investopedia.

L’argent part dans le calcul, les puces et Optimus

Le chiffre utile, c’est le capex. Tesla a dépensé 5,789 milliards de dollars, environ 4,921 milliards d’euros, au deuxième trimestre, soit +142% sur un an, l’équivalent de 64,32 millions de dollars par jour, environ 55 millions d’euros. Et Elon Musk a remonté l’objectif annuel au-delà de 25 milliards de dollars, environ 21 milliards d’euros.

Où va l’argent ? Pas d’abord dans des lignes auto classiques. Il file vers la puissance de calcul, la fabrication de puces, les matériaux batterie et les infrastructures pour Optimus. Tesla dit avoir plus que doublé sa capacité de calcul locale au Texas, où le cluster Cortex 2 dépasse 115 mégawatts. Le projet Terafab, mené avec SpaceX, doit réunir masques, logique, mémoire, packaging et tests sous un même toit, à Austin, selon The Register.

Le business auto tient, mais il finance de moins en moins tout seul

Le paradoxe est là. L’auto se redresse. Le revenu automobile atteint 20,516 milliards de dollars, environ 17 milliards d’euros. Le duo Model 3 et Model Y reste le cœur du volume avec 467762 livraisons, pendant que l’usine de Shanghai dépasse 89000 véhicules en juin et près de 468000 au premier semestre.

Mais ce socle paie moins bien. Les crédits carbone tombent à 146 millions de dollars, environ 124 millions d’euros, contre 439 millions, environ 373 millions d’euros, un an plus tôt. Les baisses de prix et les prêts à taux réduit ont soutenu les volumes, pas les marges. En face, l’énergie a livré un record de 13,5 GWh et les services ont signé un record de profit brut, un détail qui compte quand l’autonomie consomme autant de cash.

Côté déploiement, Tesla pousse partout à la fois. Le Cybercab est entré en production au Texas, le robotaxi s’étend à sept métros américains, FSD compte 1,48 million d’abonnés payants, mais la couverture reste très partiellement non supervisée et Tesla reste loin de Waymo en taille de flotte autorisée.

Chez Intel, même glissement sémantique et même pari industriel

Chez Intel, le décor change aussi. Le groupe a publié 16,1 milliards de dollars de revenus, environ 14 milliards d’euros, en hausse de 25%, mais avec une perte GAAP de 11 milliards de dollars, environ 9 milliards d’euros. Lip-Bu Tan a reconnu que Intel devait rattraper AMD et Arm, tout en tentant de les dépasser sur certaines architectures CPU, selon The Register.

Le signal le plus net est presque sémantique. L’activité PC s’appelle désormais Client Computing and Physical AI Group. Le directeur financier dit que l’edge et la physical AI peuvent au moins égaler, avec le temps, le marché adressable du client computing. Dans le même appel, Intel parle de production en volume sur le nœud 18A, d’un 14A toujours prévu pour 2027 en risk production, et de pénuries qui touchent wafers, mémoire et substrats. Même récit, au fond, avec moins de voitures et plus de fabs.

Benjamin Romei

Spécialiste IA

Veille quotidienne sur l'intelligence artificielle et la robotique humanoïde pour Vekira.

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